Colloque International
Recherches en acquisition et en didactique des langues étrangères et secondes
Paris, Carré des Sciences, 6-8 Septembre 2006
organisé par le Groupe "Langues en contacts et appropriations " du DILTEC, Paris III

« Apprentissage conceptuel et apprentissage linguistique en cours de mathématiques dans une classe de CP bilingue »

CAROL, Rita
IUFM d'Alsace


En classe bilingue, les enfants doivent s'atteler à deux tâches consistant pour la première à construire une représentation de concepts disciplinaires et pour la seconde à élaborer une représentation de la manière dont la langue étrangère s'y réfère. Comment s'articule ce double apprentissage ? L'apprentissage d'un concept non linguistique s'effectue-t-il en totale indépendance de l'appropriation de la langue ou s'agit-il de deux processus qui s'enchevêtrent dont l'un contribue à l'apprentissage de l'autre ?

En salle de classe, la transmission de nouvelles connaissances se fait en règle générale par une activité partagée entre l'enseignant et les élèves. Leur coopération vise à exprimer une réalité mutuellement compréhensible et à créer la signification de l'objet. Cependant, la constitution de la signification dans l'interaction a comme condition nécessaire la compréhension de l'intention de chacun des partenaires. Comprendre signifie « qu'on attribue à l'acteur un but déterminé qu'il cherche à atteindre, on attribue en outre à l'acteur la supposition que son comportement est un moyen approprié pour atteindre le but » (Laucken 1973 cité par Bange 1995). Autrement dit, le récepteur attribue un sens à ce qu'il perçoit. Le caractère sensé d'une action ne peut être apprécié que par rapport à la situation existante (Bange 1995). Comment les interactants parviennent-ils à une interprétation identique du sens exprimé ? C'est l'habitude partagée par le locuteur et le récepteur d'un geste, d'un énoncé en situation qui fixe peu à peu sa signification (Grice 1968). L'importance des routines partagées est également mise en évidence par le concept de « format » selon lequel la confrontation réitérée avec des structures organisées en séquences et leurs conditions d'application a pour effet de générer la langue première. L'enfant appréhende d'abord à un niveau pré-linguistique les exigences posées par l'action conjointe, il apprend à différencier les éléments constitutifs de l'action. Puis il apprend à reconnaître la fonction d'énoncés intervenant dans des structures organisées en séquences (Bruner 1987).

La question qui se pose est de savoir si l'apprentissage en classe bilingue se fonde sur les mêmes principes que l'apprentissage en langue première ou s'agit-il d'une situation d'apprentissage spécifique qui met en œuvre des processus qui lui sont propres ? Nous tâcherons de répondre à cette question en étudiant l'enseignement de la retenue dans trois cours de mathématiques consécutifs dispensés dans une classe de CP bilingue (français-allemand) en Alsace. Ces cours ont été filmés et transcrits. L'objectif que nos poursuivons dans nos analyses est triple :

- relever tous les observables susceptibles de favoriser la construction de la signification et l'apprentissage linguistique ;

- observer la diversification de ces outils au cours de l'instruction ;

- définir à partir des observables relevés les rapports existant entre apprentissage conceptuel et apprentissage linguistique.

Notre travail aboutit à des éclaircissements nouveaux sur des stratégies d'enseignement d'une langue étrangère. Leur portée dépasse de ce fait le cadre strict de l'enseignement bilingue.


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