Colloque International
Recherches en acquisition et en didactique des langues étrangères et secondes
Paris, Carré des Sciences, 6-8 Septembre 2006
organisé par le Groupe "Langues en contacts et appropriations " du DILTEC, Paris III

« Marquage du topic en français (L2) et en japonais (L1) dans des productions d'apprenants avancés »

KLINGLER, Dominique
Univ. Paris III


La contribution que nous proposons s'intéresse à la maîtrise du marquage du topic dans deux langues (français L2, et japonais L1) dans des productions narratives d'apprenants japonais avancés scolarisé en France.

Lorsque des apprenants avancés produisent du discours en L2, ils sont contraints, comme ils le sont lorsqu'ils en produisent en L1, à faire le choix d'un topic, c'est-à-dire à sélectionner une entité sur laquelle ils vont prédiquer. Or, selon les langues, différents moyens syntaxiques permettent de marquer le topic, suivant l'intention que l'on a au départ de le rendre accessible ou plus saillant à l'allocutaire (Lambrecht, 1994 ; Klingler, 2003). Ainsi le français ne possède pas de marque de topic alors que le japonais en possède une, wa. En français, lorsqu'un topic est accessible ou supposé encore actif par le locuteur, il sera repris par un pronom clitique. En revanche s'il est supposé moins actif, ou introduit pour la première fois, ce sera sous la forme d'un N précédé d'un déterminant défini, d'un démonstratif. Une autre façon de procéder, dans ce dernier cas, est de le rendre plus saillant en recourant, faute de marque spécifique, à l'extraposition du constituant à gauche ou à droite du prédicat. En japonais, c'est le recours à la particule wa qui provoque le détachement du constituant à gauche et rien d'autre. Un topic, jugé toujours actif par le locuteur, ne sera pas forcément réintroduit et ne peut être repris sous forme de pronom clitique puisque cette catégorie n'existe pas en japonais. Le trait commun au deux langues, c'est qu'à l'oral le topic (marqué par extraposition en français) est intonativement dissocié du reste (Morel et Danon-Boileau, 1998). Enfin, le topic joue un rôle dans la structuration discursive : selon qu'il persiste ou change et que le locuteur décide ou non de le marquer, il contribue à baliser des empans discursifs plus ou moins larges (Travaux de linguistique 47, 2003 ; Hinds et alii, 1987).

Nous nous demandons précisément comment des apprenants japonais vont marquer le topic en français L2 sachant qu'ils doivent recourir à des moyens différents (le mouvement d'un constituant à gauche ou à droite, et son remplacement par un clitique devant le verbe) de ceux dont ils usent en L1, ce qui peut être la source de difficultés.

Nous avons sollicité des données orales narratives que nous avons ensuite transcrites, en L1 et en L2, auprès de 4 apprenants avancés du même âge (20 ans) et de même profil (scolarisés dans des établissements internationaux à Paris). Ces apprenants sont exposés au français en dehors de l'établissement et fréquentent des natifs ou des locuteurs de L2 avec lesquels ils interagissent. Notre démarche consistant à comparer les productions de chaque apprenant en L1 et en L2, nous avons fourni des supports de narration identique (images, rappel d'histoire lue, de films etc.).

Le résultat de nos analyses montre que ces apprenants ne recourent pas au marquage du topic en L2 là où ils le font en L1. Ces différences (introduction ou rappel du topic en L2, sans extraposition, ou autre moyen vs marquage et saillance du topic en L1), influent sur la structuration du discours et la répartition des événements. Cependant certaines constructions, auxquelles nous ne nous attendions pas en L2, ont retenu notre attention. Ce sont celles où les apprenants introduisent un pronom clitique entre le nom à gauche et le verbe à droite (Le chien il court/ ikuR) et dans lesquelles nous n'avons perçu aucun indice intonatif permettant de conclure à l'extraposition du SN à gauche. Nous essaierons de justifier de telles constructions dans le contexte de la L2 de nos apprenants tout en concluant sur l'absence de marquage de topic dans leur production.

Bibliographie

Ferdinand A., 2002, « Acquisition of syntactic topic marking in L2 french », Linguistics in the Netherlands, H.Broekhuis, P.Fikkert (Eds.), John Benjamins, Amsterdam, p.49-59

Hendrix H., 2000, « The acquisition of topic marking in L1 chinese and L1 and L2 french », SLA 22, p.369-397.

Hinds J., Senko K.-Maynard, Iwasaki S., 1987, Perspectives on topicalization the case of japanese wa, John Benjamins, Amsterdam/Philadelphia.

Klingler D., 2003, « Spécificité du dispositif créé par le marqueur wa en japonais, comparaison avec le français », Travaux de linguistique 47, (Ed.) M.Charolles, S.Prévost, de Boeck et Larcier, Bruxelles, p. 163-179.

Lambrecht K., 1994, Information structure and sentence form : topic, focus and the mental representations of discourse referents, Cambridge, CUP.

Morel M.A., Danon-Boileau L., 1998, Grammaire de l'intonation, l'exemple du français, FDL, Ophrys, Paris.

Pekarek-Doehler S., 2004, « Une approche interactionniste de la grammaire : réflexions autour du codage grammatical de la référence et des topics chez l'apprenant avancé d'une L2 », Aile 21, (Ed.) M.Matthey, D.Véronique, Université Paris 8, p.123-166.

Sleeman P., 2004, « Guided learners of French and the acquisition of emphatic constructions », IRAL Vol.42-2, P.Bos et alii (Eds.), W. De Gruyter, Berlin, New York, p. 129-151.


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