Colloque International
Recherches en acquisition et en didactique des langues étrangères et secondes
Paris, Carré des Sciences, 6-8 Septembre 2006
organisé par le Groupe "Langues en contacts et appropriations " du DILTEC, Paris III

« Transposer les résultats de l'acquisition de la morphologie verbale dans des syllabus : Oui, mais comment ? Analyse de l'impact d'un enseignement du passé composé »

GRANGET, Cyrille
Univ. de Nantes


Les recherches sur l'acquisition des moyens d'expression temporelle montrent que l'apprenant de français langue étrangère emploie de nouvelles formes verbales pour exprimer des contrastes d'ordre temporel et aspectuel, lesquelles formes peuvent se distinguer des temps grammaticaux présentés dans les grammaires de référence. Plusieurs études montrent notamment qu'une forme verbale attestée dans les grammaires d'apprenants du français pour référer au passé est la forme simple V- ?e ?. Conjointement ou dans des stades ultérieurs apparaît une forme auxiliée : aux + V- ?e ?. On pourrait émettre l'hypothèse que cette forme courte n'est la production que d'apprenants non guidés. Or il se trouve qu'elle est également produite par des apprenants guidés. On peut dès lors émettre l'hypothèse selon laquelle un enseignement explicite de la forme du passé composé avec une attention particulière accordée à la présence obligatoire de l'auxiliaire devant la forme verbale pourrait endiguer ce phénomène, surtout si les apprenants maîtrisent déjà une langue dans laquelle il existe un temps du passé, composé d'un auxiliaire et d'un participe.

Afin de tester cette hypothèse, nous présenterons les résultats d'une étude sur l'impact de l'enseignement sur le processus acquisitionnel, étude dans laquelle ces deux conditions sont réunies (existence d'un temps composé du passé en L1 – allemand- et enseignement explicite du passé composé). Il s'agit de mesurer l'effet d'un enseignement qui apparaît comme une transposition des résultats des études sur l'acquisition de la morphologie verbale en français sur la base du principe « enseigner prioritairement les formes, laisser l'usage se faire». L'analyse des 10 séances d'enseignement du passé composé à des apprenants germanophones du français L2 ainsi que de la tâche de récit subséquente montre qu'un enseignement explicite de la forme et la présence d'un temps composé en L1 ne constituent pas des facteurs suffisants à la « bonne formation » du passé composé à court terme, mais n'empêchent pas non plus l'acquisition de la forme et d'usages du passé composé à long terme.

Nous présenterons ces résultats et nous interrogerons ainsi sur ce que peut être un enseignement grammaticalement fondé sur les recherches en acquisition (et non plus seulement sur les grammaires de référence du français langue maternelle) et renonçant à vouloir prévenir « l'erreur ».


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